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2000

Le contenue

Introduction -p. 5.

I. Origines du thtre - p. 6.

1.Le proto thtre

2.Le thtre antique

II. Le Moyen Age - p. 8.

3. Thtre dinspiration religieuse

4. Les amuseurs

5. Les comdies dtudiants

6. Thtre no-latin (Les humanistes franais)

III. Le Classicisme - p.11

1. Les scnes parisiennes

2. Corneille

3. Molire

4. Racine

IV. Le XVIIIe sicle - p. 14.

1. Le thtre des lumirs

2. Beaumarchais

3. Le thtre de la Rvolution

4. Le Romantisme

V. Le Romantisme au XIXe sicle - p. 16.

6. Napolon et le thtre

7. Victor Hugo

8. Dumas, Mrime

9. Musset

VI. Le Boulevard du Crime - p. 18.

VII. Le thtre bourgeois - p. 19.

1. Drames et comdies

2. Operettes et vaudeville

3. Le thtre de la IIIe Rpublique

VIII. La premire partie du XXe sicle - p.21.

1.Un thtre littraire

2. Cocteau

3. Influence du Surralism

4. Loccupation

5. Sartre et Camus

IX. Le thtre de laprs-guerre - p. 23.

1. Nouveaux metteurs en scne

2. Evolutions dun thtre de divertissement

X. Le thtre de tout les possibles - p. 25.

1. Survie de thtre

2. Les thtres en France aujourdhiu

3. Les Franais

4. Le public

Conclusion: Le secret du thtre - p.28.

Bibliographie - p. 29.

INTRODUCTION

Le domain de lart thtral nest pas toujours facile cerner.

Jusquo peut-on parler de thtre? Quelle est la dfinition du thtre?

Si lon sen rfre la simple tymologie, thtre vient du grec

theatron, qui drive du verbe theaomai, signifiant contempler, considrer,

tre spectateur au thtre. Il faut donc saccorder l-dessus: il ny a pas

de thtre sans spectateurs, et le thtre demande la dfinition dun lieu

scnique. Lacte thtral ne doit pas sexercer pour soi, mais saddresser

aux spectateurs. Le thtre doit raconter une histore humaine, representer

limitation dune action de caractre leve et complte ( Aristote), ou

limage exacte et anime de la nature humaine (Dryden, dramaturge anglais

du XVIIe siecle). Le thatre ne se contente pas dtre une source dmotion

ou de plaisir: il doit rendre compte de lhomme.

Ainsi, le thtre est un art qui a pour but de reprsenter en un lieu

dfini la nature humaine dans ses action, ses penses, ses grandeurs ou ses

bassesses, en procurant au spectateur une motion directe. La forme crite

nest que le refler de cet art vivant.

I. Origines du thtre

Le proto thtre

De toutes les activits que lhomme a pu sinventer, le thtre

se distingue par le fait quil ne demande que trs peu de moyens.

Dans ses formes les plus restreintes, il peut se rsumer une unique

personne se prsentant devant dautres personnes, en quelque lieu que

ce soit; aucune invetation, aucune tape particulire dans lvolution

des socits nest rellement ncessaire. Le thtre a pu apparatre

de manire primitive nimporte quel moment de la Prhistoire,

partir du moment o Ihomo sapiens stait dot dune organisation

social. Toutefois, les traces les plus anciennesdune forme de

spectacle, dans les civilisation assyro-babiloniennes et hitite,

datent tout au plus du trousime et deuxime millnaires av. J.-C., et

ne permettent rien dautre que de prudentes hypothses sur ce qui a pu

se passer auparavant.

En Msopotamie, on sait quun pome retraant le mythe de la

cration tait donn chaque anne pour la nouvelle anne babylonienne;

mais faisait-il lobjet dune dclamation o dune vritable mise en

scene? Dans quelles conditions tait-il jou? Etait-ce une crmonie

mystique, rituelle ou demi profane? Totes ces questions restent en

suspens.

On peut imaginer, le souir au coin du feu, lamuseur du village

singeant ses companions ou retraant les exploits hroiques dun

ancien. On peut encore imaginer lensemble des chasseurs

reconestituant la capture dun animal, pour favoriser la chasse du

lendemain. William Golding, dans Sa Majest des mouches, fait ainsi

jouer par des enfents redevenus sauvages une sance de chasse

rituelle, dans laquelle lun dentre eux tient le rle du cochon

sauvage.

Entre le jeu, le rite et lexorcisme, une forme vivace de spectacle a

donc trs certainement exist, et peut-tre mme dans des lieux

rservs pour cela. Mais rien ne permet de laffirmer, ni den tirer

une vritable conclusion.

Le thtre antique

Selon la lgende, la premire reprsentation tragique serait due

au pote Arion qui vivait Corinthe vers la fin du VIIe siecle. La

tradition avance ensuite le nom de Thespis, qui, venu dIcarie sur son

chariot lui servant de scne, aurait donn une premire tragdie aux

Dionysies entre 536 et 533. En prcurseur, Thespis aurait dgag

nettement le premier comdian du choeur et diffrenci les parties

chantes des parties parles. Il aurait galement tabli lusage dun

prologue, dune prsentation, et utilis des masques moins grossiers

quauparavant.

Ltude de la tragdie grecque se rsume donc lanalyse dune

trentaine doeuvres, alors quil sen crivit, entre le VIe et le Ve

sicle, plus dun millier; et que lon pense quun thtre priv

stait dvelopp dans les maisons aristocratiques, plus volutif,

avec lintervention de mimes, des conteurs, danseurs, bouffons et

potes.

En un peu moins de quatre-vingte ans, lart dramatique eut le temps de

natre dt de mourir, mais aussi dvoluer de manire considrable,

ainsi que la soulign Jacqueline de Romilly:

A beaucoup dgards, la diffrence est large et plus profonde entre

Eschyle et Euripide, quentre Euripide et Racine.

Les Athniens adoptrent vite le thetme de tragdie, et ce nom

mrite que lon sattade un peu sur sa troublante origine. Tragos

signifie bouc, et trag-oeudia chant du ouc, ou ode au bouc, ce

qui, tout de mme, na pas un trs grand rapport avec le thtre. On

pourrait croire que le terme dcoule dun qualificatif de Dionysos,

mais le dieu, quand il est assimil la vigueur sexuelle de lanimal,

est appel riphos, juene bouc, et non pas tragos. Ttout au plus

peut-on supposer que la trag -oedia, lorigine, tait un chant

religieux dont on accompagnait le sacrifice dun bouc aux ftes de

Bacchus (Bailly).

Lorigine de comdi, au moins, semble beaucoup plus claire:

Kmos tait le nom dune joueuse fte processionnelle en lhonneur de

Dionysos, avec des chants et des danses.

Peu de temps aprs la premire guerre punique, vers 230, un

affranchi tarentin, grc de la naissance, Livius Andronicus, commmena

traduire pour la scne romaine des tragdies et des comdies du

rpertoire athnien.

Les thatres romains aui se construisirent se diffrenciaient

nettement du modle grec.Avec le monde romain, le thtre devenait-

aussi- une entrepeise commerciale.

Lvolution du thtre avait tu religion, mais, comme la

joliment dit Lon Moussinac, les jeux du cirque et de lamphithtre

finirent par tuer le paganisme. Les niuveaux chrtiens navaient que

rpugnance pour des rjouissances populaires dont ils avaient en

partie fai les frais, et les autres formes de spectacle ne pouvaient

trouver grce leurs yeux: les tragdies parlaient de dieux paens,

et les comdies taient pleines dobscnits.

La jeune Eglise contribua faire disparatre le thtre, mais

le public, de toute faon, ntait plus au rendez-vous. Avec la fin de

Lempire romain se tournait une page dfinitive. Arrivait un ge des

tnbres durant lequel le thtre ntait mme plus lombre dun

souvenir.

II. Le Moyen Age

Thtre dinspiration religieuse

Il est assez difficile dimaginer quen Occident, le thtre aut

pu se mettre en sommmeil pendant prs de dix sicles. LEurope eut

digrer les vagues successives dinvasions barbares, et ne conserva

son empreinte culturelle qu travers le filtre de la religion

dominante. LEglise contrlait lducation, intervenait largement dans

les affaires des royaumes, dans la vie publique, lart, le commerce,

les institutions; et ke thtre ne pouvait pas lui non plus chapper

son influence. Laristocratie fodale, quant elle, se contentait des

passages de troubadours, acrobates, jongleurs et autres montreurs

dours.

Cependant, la farce grossire subsistait sur des estrades de

fortune, avec une plus ou moins grande tolrance de lEglise; elle se

distingua rapidement du jeu liturgique ou profane, qui avait une

prtention plus littraire; la moralit acait une intention difiante,

avec un recours lallgorie; le dict se rsumait le plus souvent

un monologue qui traitait qui traitait dun sujet dactualit; la

sottise ou sotie tait une farce qui mettait en scnd des membres de

limaginaire peuple sot; enfin, la pastorale, plus tardive, tait

une sorte de tragi-comdie aux personnages champtres.

Il est indubitable quil y eut dans cette poque lintervention

de metteurs en scne, ou tout du moins de rgisseurs, qui

coordonnaient les spectacles.

Les participants taient des amateurs non rtribus, mais

auxquels on attribuait des indemnits en nourriture et en boisson, et

chacun devait sengager sur lEvangile tenir son rle avec

conscience et sans dfaillance.

Le lieu de repesentation prit bientt une forme tablie, que

lon retrouvera de manire assez semblable dans toute lEurope: une

grande aire dlimite pour le jeu, quelquefois entoure de vritables

gradins,ou dune haute palissade,avec divers lieux scniques signifis

par des dcors appels mansions. Dune ct, il y avait le Paradis,

symbolis par une faade de maison avec un trne surlev pour Dieu,

un choeur des anges et un aropage des personnages sacrs; de lautre,

lEnfer, qui tait reprsent par une gueule oucerte de dragon.

Cependant, comme la ferveur religieuse nexcluait pas le dsir

de se distraire, des intermdes de jonglerie, de chansons et de farces

vinrent bientt mettre un peu de vart dans les spectacles.

Loganisation des spectacles tait maintenant sous la responsabilit

de confrries professionnelles et les acteurs eux-mme en cinrent se

regrouper en socits, appeles puys.

Aprs 1402, les Confrres de la Passion eurent Paris un

monopole de reprsentations dans leur salle de lhpitale de la

Trinit, qui commenaient se rapprocher dune forme de thtre

presque conventionnelle.

Les amuseurs

Les amuseurs publics continuaient derrer de places publiques en

salles de chteaux, quand ils ntaient pas convis se produire

loccasion de mariages, clbrations et ftes dicerses.

Des moralits, mais surtout des fatces, taient donnes dans les

foires, dans les tavernes,avec un disuositif de plus rudimentaires. Le

thme le plus prouv tait celui de la ruse lun personnage qui lui

permet de surmonter tous les obstacles, mais qui peut galement se

retourner contre lui; quelques illustrations de proverbes, quelques

situations vigoureuses compltent un rpertoire qui sapparente

surtout celui des fablaux.

Le terme de farce, qui vient du bas-latin farsa, farcissure,

tmoigne galement du jargon utilis. Et le jeu trs outr ne faisait

quaccentuer lintention premire de divertir.

Les comdies dtuiants

Les saltimbanques nallaient pas tarder se trouver en

concurrence avec les clercs dunicersit, qui commenaient eux aussi

sadonner lcriture comique.

Il faut souligner la place quavait pris la Fte des fous dans

les diffrents pays dEurope. Les jeunes gens se costumaient, se

masquaient, se dguisaient en filles, dansaient dans les glises,

buvaient.

Aux Xve sicle, un certain Maffeo Vegio sindigna dune fte

assez excessive qui stait droule sous le Dme de Pavie (Italy).

Nous verrons dailleurs que les clercs et les letts de Pavie seront

les tout premiers donner un aboutissement thtral leurs

divertissements.

Lune des consquences de tout ce renouveau thtral fut la

cration de Socits joyeuses, rassemblant ici et l des comditns

amateurs, clercs pour la plupart, et qui connureent trs vite le

succs. La plus clbre socit fut celle des Clercs de la Basoche de

Paris, avec la concurrence, toujours parisienne, des Enfants sans-

souci et des Sots. Ces troupes se dplaaient et les plus clbres

taient invites ici et l pour de grandes occasions. Tout les

comdies avaient en commun de sancrer dsormais dans la ralit et de

dcrire des scnes du temps, mme de faon cruelle ou parodique.

Aprs 1562, la situation politique allait considrablement

perturber cet lan thtral. Les guerres de religion, les massacres,

linscurit et les malheurs du temps provoqurent la disparition de

nombreuses troupes. La vie thtral retrouva des formes nouvelles au

XVIe sicle aprs le rtablissement de la paix sous Henri IV.

Thtre no-latin

La dcouverte de textes de plus en plus nombreux des auteurs

latins et grecs avait entran un engouement extraordinaire chez les

lettrs franais, qui se sentirent bientt dignec, avec la forme

nouvelle de lalexandtin, de figurer parmi les continuateurs des

auteurs antiques. En 1549, Joachim du Bellay dans sa Dfense et

illustration de la langue franaise, condamnait les farces populaires

et souhaitait restituer comdies et tragdies dans leur ancienne

dignit.Jean de La Taille, auteur en 1562 dun imposant Saul le

Furieux, renchrissait en souhaitant que lon crive des comdies

faites au patron, la mode et au portait des anciens Grecs et

Latins.

La langue latine rservait nanmoins ces spectacles un

auditoire clair, comme le dmontre en 1502 cette raction une

reprsentation dune pice de Trence Metz, o le publec populaire

sen prit violemment aux acteurs, car il ne comprenait rien.

Paradoxalement, alors que les temps troubls rduisaient en peau

de chagrin lexpression du thtre populaire, les reprsentations se

multipliaient dans les collges qui y trouvaient le mouen dillustrer

leurs prises de position sur la Rforme. Et cest Henri IV qui mit le

hol toute cette hardiesse par un arsenal de rglements

universiraires.

III. Le Classicisme

Les scnes parisiennes

En France, lclosion dun vritable thtre fut plus tardive

quen Italie, quen Espagne ou quen Angleterre. Alors que Shakespeare

ou Lope de Vega avaient dja disparu, la scne franaise se rsumait

encore pour lessentiel aux exhibitions des comdiens itinrants que

Scarron a si bien dcrits dans le Roman comique.

Les choses commencrent voluer quand Louis XIII accorda le

titre de Troupe Royale la compagne itinrante de Valleran Lecomte. A

Paris, la troupe de Lecomte se produisait la salle de lHtel de

Bourgogne, rue Mauconseil, o jouaient galement les Comdiens

Italiens, tandis quune autre troupe, celle de Mondory, sinstallait

la salle du Jeu de Paume, appele aussi salle du Marais. Ce fut

nanmoins Richelieu qui, passionn par le thtre, donna limpulsion

ncessaire afin quil devienne un vritable art noble. Il fut

quiper un troisime thtre au Palais-Caudinal, qui prendra ensuite

le nom de Palai-Royal, et enfin celui de Comdie-Franaise.

Corneille

Pierre Corneille naquit Rouen en 1606, dans une famille de

fonctionnaires royaux. Il fut reu avocat en 1624 mais se tourna

rapidement vers la carrire dramatique. Quelques comdies et tragi-

comdies ke firent remarquer par Richelieu. Recrut, donc, par le

Premier ministre, Corneille poursuivit cependant son oeuvre

personnelle. En 1635, Mde fut un chec,mais vint en 1636 lclatant

succs du Cid.

Corneille proposait aux spectateurs de son temps lillustration

dune vritable thique, celle dune exaltation de lhonneur et des

valeurs aristocratiques.

Le Cid reste la meilleure pice de Corneille, et sa fougue

romanesque continue de lui assurer une ternelle jeunesse. Corneillle

ne stait pas toujours pli aux rgles classiques. Il amait les

grandes histoires, les beaux sujers, et leur accordait pkrs

dimportance qu ltude des caractres.

A la demande du surintendant Fouquet, il reprit cependant la

plrme en 1659 pour donner un Oedipe, et rdigea en 1661 La Toison

dor, grand spectacle avec machineries donn loccasion du mariage

de Louis XVI avec linfante Marie- Thrse.

Mais la gloire montante de Racinelui faisait de lombre, et

lopposition entre les deux auteurs culmina en 1670 avec les

reprsentations trs attendues, huit jours dintervalle, de deux

pices sur le mme sujet. La perfection du Brnece de Racine

lemporta sur le Tite et Brnice dun Corneille vieillissant.

Un peu clips, il garda nanmoins la faveur du Roi dont il

avait toujours servi la gloire. En 1682, il donna une dition complte

de son thtre, avant de mourir en 1684.

Molire

Jean-Baptiste Poquelin naquit Paris en 1622. Il reut chez les

Jduites une ducation bourgeoise. Avec Madeleine Bjart et ses amis,

il cra en 1643 lIllustre Thatre et pri le nom de Molire. Bientt

encourag par ses amis, li se mit des farces. Mais la troupe, dont

il avait pris la tte en 1650, jouait galement les tragdies de

Corneille et des auteurs de lpoque.

En 1658, les comdiens revinrent Paris. Pris en charge par

Monsieur, le frre du Roi, ils furent alors placs au Peutit-Bourbon,

prs du Louvre.

En 1659, Molire innova en faisanrt la satir des salons

littraires qui devenaient la mode. Ce furent Les Prcieuses

ridicules, qui provoqurent de profondes polmiques: le thtre

pouvait-il se faire le portrait de la vie?

Comme le Petit-Bourbon allait tre dtruit pour que soit

ralise la colonnade du Louvre, la troupe avait dmnag pour le

Palais-Royal que la mort de Richelieu acait laisse sans affectation.

Lcole des maris (1661) revint dans les proccupations de

lpoque, mais cest Lcole des femmes en 1662 qui souleva une

nouvelle vague dindignation la Cour et la ville.

Fort de la faveur de Louis XVI, Molire osa Le Tartuffe (1664),

Dom Juan ou le Festin de pierre(1665) et Le Misanthrope(1666).

Molire stait rabattu sur une farce, Le Mdecin malgr lui

(1666), puis sur une comdie, Amphitryon (janvier 1668), qui obtint un

vif succs; George Dandin (juillet 1668) eut moins la faveur du

public, et LAvare (septembre 1668) fut un chec. Pour les ftes de la

Cour, il crivit alors trois comdies-ballets, Monsieur de

Pourceaugnac (1669), Les Amants magnifiques (1670) et Le Bourgois

gentilhomme(1670). La peinture des travers ridicules prenait les pas

sur la satire.

La plus grande apporte de Molire au mtier thtral lui-meme

fut davoire su transcender la comdie et la pastorale pour aboutir au

spectacle complet de la comdie-ballet, ce qui, plus tard, allait

favoriser lclosion de nouvelles formes de spectacle. Mais lhistoire

du thtre retient videment surtout ses grandes comdies, celles de

la description des comportements sociaux. Et mme si, comme dans Dom

Juan, le sujer nest pas toujours de lui, son apport est tel quil

semble toujours le faire renatre.

Racine

Lorsque parut Jean Racine (1639-1699), toute la vie de cour

stait centralise autour de Louis XIV, et le jeune pote ,aura de

cesse que dassurer sa ruissite auprs du Roi-Soleil. Son thtre

senferma dans un univers essentiellement aristocratique, mais il

nendemeure pas moins la forme la plus accomplie de toute lexpression

classique.

Fils dun contrleur de grenier sel, Racine fut pris en charge

par sa grand-mre, qui le fit lever dans lambiance trs particulire

de Port-Royal, et dans des collges galement tenus par des

Jansnistes. Il recherchait la protection des grands, et tenta

dattirer lattention du Roi par des pomes sa plus grande gloire.

En 1664, il fit reprsenter La Thbaide par la troupe de Molire au

Palais-Royal, puis Alexandre en 1665. Il se brouilla cette anne-l

avec Molire, passa lhtel de Bourgogne o sa matresse Thrse Du

Parc, comdienne chez Molire, le rejoignit pour crer Andromaque en

1667. Suivirent trois autres chefs-doevres dramatique, Britannicus

(1669), Brnice (1670), Phdre (1677), et son unique comdie, Les

Plaideurs (1668).

En 1667, Louis XIV le nomma historiographe du Roi. Il fit un

mariage convenable, devint directeur de lAcadmie franaise.

Cest ce souce dexactitude que le thtre de Racine doit son

accent de vrit dans lanalyse des personnages, qui est le reflet

dune interrogation plus profonde sur la condition humaine. Et,

derrire la masque du cynique arrivist, se rvle le visage plus

douloureux dun vritable grand dramaturgue.

IV. Le XVIIIe sicle

Le thtre des lumires

Lhomme qui ouvrit de nouveaux horizons au thtre franais ne

fut pas un trs bon dramaturge; mais il sur rflchir sur le thtre

comme personne ne lavait fair jusque-l, et poser les bases

dramaturgie.

Examinant les diffrents types de thtre Diderot fit la

diffrence entre le burlesque, le genre comique, le genre srieux, le

genre tragique, et le merveilleux. En anoblissant des sujets

bourgeois, en proposant dorienter le thtre vers des portraits de

socit, il dgageait clairement une tendance qui stait amorce avec

la comdie italienne de Machiavel et LArtin, qui avait touch Lope

de Vega dans ses drames sociaux, Molire sans des pices comme George

Dandin.

Le thtre de Diderot, Le Fils naturel (1757), Le Pre de

famille (1758), Est-il bon?(1771) fut trop dmonstratif pour tre

vritablement intressant, mais sa rflexion entraina une prise de

conscience dans les milieux du thtre.

Beaumarchais

Enfin, arriva celui qui allait porter lart de la comdie au

niveau dun vritable pamphlet,et qui, tmoignant des ides

sditieuses de son temps, annona la proche Rvolution franaise.

Pierre-Aguctin Caron (1732-1799), aui prit par la suite (par sa

femme) le nom de Beaumarchais, tait avant tout un homme actif. Il fut

linventeur avant vingt ans de lchappement dhorlogerie, devit agent

secret, fit un ngoce darmes avec les insurgs amricain. Dbordant

de vie et dnergie, il entama de surcrot une carrire littraire

avec des comdies srieuses, avant doser en 1774 Le Barbier de

Sville ou La Prcaution inutile, interdit par la censure, et que

Louis XVI nautorisa lanne suivanre que dans une version remanie.

En 1781, Beaumarchais avait termin la suite du Barbier, quil

avait ontitul Le Mariage de Figaro ou La Folle Journe. La premire

reprsentation publique, le 27 avril 1784, fut lune des plus

mmorables soires de lhistoire du thtre en France.

En 1789, Beaumarchais fut nanmoins considr comme un

aventurier servile et un arriviste corrompu. Il chappa de peu la

mort, sinstalla ltranger, ne revint en France quen 1796, proposa

au gouvernement de percer listhme de Panama, avant de mourir en 1799.

Le Mariage de Figaro fut la dernire grande pice de lAncien

Rgime, et la premire de tout le thtre moderne.

Le thtre de la Rvolution

La Renolution franaise entrana la multiplication des salles de

spectacle et lcriture de centaines de pices de toutes sortes. Un

dcret de 1791 donna toute personne le sroit douvrir un thtre et

de faire reprsenter les peces de son choix. Librs de la censure,

le rpertoire des thtres sengagea jusquau vertige dans tous les

genres. Quand aux rvolutionnaires, ils envisageaient avec

enthousiaime les possibilits didactiques du spectacle.

Le public commena par se ruer pour voir les pices jusque-l

interdites, commme le Charles IX ou la Saint-Barthlemy de Marie-

joseph Chnier, les pices qui dnonaient les scandaleux internements

dans les couvents.

En 1793, le Comit de Salut Public resserra considrablement les

liberts du thtre. Ne subsistaient que les spectacles autorics, et

des reprsentations gratuites hebdomadaires des: tragdies de Britus,

Guillaume Tell, Caius Graccus et autres pices dramatiques qui

retracent les glorieux vnements de la Rvolution et les vertus des

dfenseurs de la Liibert.

La Rvolution franaise ne trouva pas son dramaturge. Pendent

dix ans, les Franais avaient t les propres acteurs dun drame

national. Et cest ltranger qutaient apparues, pendant ce temps-

l, de nouvelles formes dcriture dramatique.

Le Romantisme

Le Romantisme se targua de trop nombreuses paternits, se

diversifia de telle faon et eut une descendance suffisamment

embrouille pour quil ne soit pas lgitime de se demander ce quil

avait vraiment, a lorigine, cherch reprsenter.

Le Romantisme, en fait, naissait de la confrotation entre

Shakespeare et Corneille. On admirait chez le premier son audace, son

lyrisme, ses puissants portraits de personnages, sa libert de

compositoin, son mlange de genres. Mais lon souhaitait conserver du

second une certaine forme esthtique, une thtralit somme toute

assez formelle, un sens de lpope et une grandeur sublime des

personnages. Sy ajoutaient lpoque un sentimentalisme assez

exacerb, un got prononc de lextravagance des situations, et une

petite pointe de rejet pour le genre srieux. Dans ce dessein vague

dune nouvelle thtralit, qui ntait pas non plus sans apparatre

comme une forme noble des mlodrames populaires, de jeunes auteurs

allaient jeter tout leur talent et toute leur fougue de modernes,

contre les anciens, gardiens du temple du Classicisme.

V. Le Romantisme au XIXe sicle

Napolon et le thtre

Napolon amait le thtre, et il aurait bien voulu lui donner

une importance digne de son rgne. A sa manire, il lui accorda une

attention toute particulire. Il commena en 1806 par rduire huit

le nombre des thtres de Paris, et en contrler svrement le

rpertoire. Il avait ses prfrences, mais aussi ses haines tenaces,

et ses gots allaient dans lensemble vers le thtre de Corneille,

chez qui les Grands Hommes sont plus vrais que dans lhistoire. Il

aimait assez bien lopra, napprciaitpas la comdie,et trouvait que

les drames taient des tragdies pour femmes de chambre.

Il aurait aim que son rgne fut marqu par un grand dramaturge,

sintressa un temps Lemercier, puis Franois Raynouard (1761-

1836), qui avait attir les foules en 1805 avec une plate tragdie,

Les Templiers. Alas, ses efforts ne furent pas couronns de succs.

Victor Hugo

Victor-Marie Hugo (1802-1885) tait le fils dun gnral de

Napolon. Ses plus grandes oeuvres taient dja en gestation, mais

cest vers le thtre quil se tourna en 1827 avec Cromwell. La pice

tait injouable, mais la prface fit leffet dune bombe; Hugo y

affirmait un renouvellement ncessaire de lart, lintroduction du

grotesque et du caractristique, la libration de toutes les

rgles sinon celles de la nature, en bref, lexigence dun nouveau

genre mariant le sublime, le comique, le lyrique, lpique, le moral

et lhistorique, tout en respectant la forme de lalexandrin. La

posie complte, affirmait-il, est dans lharmonie des contraires.

La premire d Hernani, le 25 fvrier la Comdie-Franaise,

provoqua la clbre bataille entre les bourgeois et les jeunes

Romantiques.

Il est pourtant le grand mritede faire triompher un renouveau

du thtre dans lequel les uns et les autres allaient puiser leur

librt.

Dumas, Mrime

Un an avant Hernani, Alexandre Dumsas (1802-1870) avait dja

donn la Comdie-Franaise Henri III et sa cour (1829) qui, sans

faire de scandale, avait plu par son mouvement. Dans les manifestes

romantiques, Dumas avait surtout pius le principe dun thtre

historique, servant de toile de fond des avenrures politiques et

amoureuses.

Il enchaina avec Anthony (1831) et La Tour de Nesle (1832),

incontestables russites du genre, mme si la vrit historique sy

trouvait quelque peu bouscule.

Dumas pat la suite se consacra essentiellement ses grands

romans-feuilletons, que des miliers de lecteurs suivaient avec passion

dans les journaux en ne se souciant pas plus que lauteur de

lexactitude historique: Quest-ce que lhistoire, demandait-il. Un

clou auquel jaccroche mes romans.

Et rappelons la curieuse tentative de Prosper Mrime (1803-

1870) qui prtendra un temps ntre que le traducteur des oeuvres

dune certaine Clara Gazul. Sous la forme dun thtre littraire,

publi entre 1825 et 1842, Mrime sadonna un romantisme plus

souriant que dramatique, avec des thmes pleins de fracheur et

doriginalit. Sen dtachent LOccasoin, tendre drame juvnile, et le

brillantissime Carosse du Saint-Sacrement, objet de convoitise de la

courtisane Calila Prchole dans un Prou doprette.

Musset

Alors quHernani, Antony ou Chatterion triomphaient sur scne,

un jeune dandy au talent prometteur vouyait lune de ses premires

pices siffle lOdon.

Alfred de Musset (1810-1857) fit pendant un certain temps partie

de la jeunesse romantique,dont il incarna les outrances avec lgance

et dtachement.

De toute la dramatique franaise, Musset est en effet le seul

que lon ait pu comparer au pote anglais, mais son esprit de

fantasie et son badinage en font aussi le premier grand hritier de

Marivaux. Il projeta son me inquite et sensible dans ses

personnages.

Musset projeta dans ses personnages ses ambiguits et ses

interrogations qui taient, avant lheure, proprement existentielles.

Avec une lgance un peu blesse, et sacs aucune artificialit, il fit

de son thtre la plus pure manation de lesprit du Romantisme.

VI. Le Boulevard du Crime

Au Boulevard du Temple, la Rvolution de 1789 eu un effet

dclisif sur les thtres: en supprimant le royal privilge de la

Comdie-Franais, elle autorisait tout coup les directeurs des

autres salles montrer de vritable pices, et ils ne sen privrent

pas. Le repertoire du genre se renouvela trs vite sous la plume

dauteurs tels que Louis-Charles Caignier (1762-1842) et de Ren-

Charles Guilnert de Pixrcourt (1773-1844), surnoms les Racine et

Corneille de boulevard, avec des pices romanesques de pure

fantaisie.

Sur le Boulevard du Crime, on ne faisait pas que pleurer. La

parodie, dans laquelle la Comdie-Inalienne tait pass matre au

XVIIIe sicle, resta au boulevard de lun des genres les plus

applaudis. La chute de lAncien Rgime avait dautre part propuls sur

la scne des personnages comme le Roi dEspagne, le Pape et la Tsarine

de Russie.

Enfin, un genre nouveau, le vaudeville, mlangeant la comdies,

les chansons et les ballets, florissait sur de nouvelles scnes dont

celles du Thtre du Vaudeville et du Thtre des Varits.

VII. Le thtre Bourgeois

Drames et comdies

Scribe, avec sa prolifique production, avait largement occup les

scnes du thtre bourgeois. Il eut un continrateur en la personne de

Victorien Sardou (1831-1908), qui fit montre de son savoir-faire ds 1865

avec un drame bourgeois, La Famille Benoton, puis avec une comdie de

Goldoni, Maison neuve (1867). Il fur du sur mesire pour Sarah Bernhardt

avec Fdora (1882), Thodora (1884), crivit en 1887 un sombre drame La

Tosca, que Puccini mettra en music.

Durant le Second Empire, Alexandre Dumas fils (1824-1895) poursuivit

la carrire thtrale de son pre. Un drame personnel avait inspir La Dame

aux camlias (1852), mais cest avec les comdies de moeurs, La Demi-Monde

(1885), Denise (1885), Francillon (1887), quil se dmarqua en abordant des

thmes sensibles lpoque de la socit umprial.

Oprette et vaudeville

Il est difficile de passer sous silence limportance que dtenaient

sous Napolon III des spectacles de pur divertissement, avec en premier

lieu la place prpondrante quavait prise loprette.

Sur des livrets dus la plupart du temps au tandem Meilhac et Halvy,

Jacques Offenbach composa des oeuvres dune extravagance et dune gat

irrsistibles, qui se donnrent aux Bouffes-Parisiens, au Varits, au

Palais-Royal.

Eugne Labiche (1815-1888) fut sa manire un autre hritier de

Scribe. Mais son thtre se distingua vite par sa fantaisie dbride, et

une peinture de moeurs. Celui que Robert Pignarre appellera lHomre de la

petite bourgeoisie pantoufles brodes porta le vaudeville un niveau

clatant de russite. Notons que Labiche crivit presque toujours en

collaboration, et cest du fruit de ces collaborations que naquirent ses

plus grandes russites: Embrassons-nous Follenille (1850),Un chapeau de

paille dItalie (1851), Le Voyage de monsieur Perrichon (1860), La Poudre

aux yeux (1861), La Cagnotte (1864). Labiche navait pas dautre but que de

se moquer un peu, de faire rire beacoup. Et les bourgeois de province et de

Paris faisaient un triomphe celui qui les peignait si bien.

Henry Monnier (1799-1877) collabora pisodiquement avec Labiche, comme

pour la burlesque Affaire de la rue de Lourcine (1857) qui fit galement

intervenir Edmont Martin. Monnier mit en scne son hros bourgeois dans La

Famille improvise (1831), dans Grandeur et Dcadance de M. Joseph

Prudhomme (1853), dans de nombreuses sayntes, et lui invena une solennelle

biographie travers un poman, Mmoires de monsieur Joseph Prudhomme.

Cependent, pour la plupart de ces auteurs, la guerre de 1870 ainsi que

la dchance de lEmpire furent un vritable traumatisme. Labiche se borna

ensuite diter son thtre complet, Offenbach entreprit ses moubants

Contes dHoffmann.

Le thtre de la IIIe Rpublique

La IIIe Rpublique tait constitue en septembre 1870. Aprs

lanantissement de la Commune, les Parisiens reprirent peu peu leurs

habitudes. Les thtres dtruits furent reconstruits et rouvrirent bientt

leurs portes. Enfin achev, lOpra de Garnier fut inaugur en 1875; une

tradition de boulevard se renoua aux Varits, au Gymnase, au Vaudeville.

Les thtres municipaux reprent bientt leurs activits, accueillant

nouveau les troupes en tournes. Enfin, les diifrentes lois sur les

associations allaient favoriser la constitution de groupes damateurs. Le

thtre Prenait une physionomie nouvelle. Les insouciants du Second Empire

dcouvrait un monde de revendication sociales, et les romans dEmile Zola

allaient contribuer leur dessiller les yeux.

Le mme Zola avait produit quelques drames mdiocres. En 1881, il

publia Le Naturalisme au thtre, aprs avoir fait jouer une adaptation de

LAssammoir.

Stphan Mallarme plaidait pour un thtre qui pourrait rendre compte

des aspirations spiritualistes et symboleques de la fin du sicle. Il

navaient que dgot pour le Naturalisme naissant, et revenaient

ladmiration des grands textes. Citons, comme lun des meilleurs exemples

dans cette voie, le thtre de Maurice Maeterlinck (1862-1949), dont La

Princesse Maleine (1889), Pellas et Mlisandre (1892) ou Monna Vanna

(1902) qui taient empreints dun beau climat dtranget et de mystre.

Cependent, le vaudeville retrouvait toute sa gloire, et Rostand allait

mme ressusciter le Romantisme.

VIII. La premire partie du XXe sicle

Un thtre littraire

En raction contre le Naturalisme, un certain thtre littraire

continuait se dvelopper, encourag par le mouvement des potes

symbolistes. Paul coaudel (1868-1955), ainsi, et qui navait as t

insensible lenchantement de Bayreuth, avait tent de retrouver lampleur

de la tragdei grecque dans des dramaturgies foisonnantes, portes par un

grand souffle lyrique et chrtien. Copeau avait mont LEchange (crit en

1901), mais la plupart de ses autres pices, Tte dor (1890), Le Partage

de midi (1906), Lannonce faite Marie (1912), furent cres dans les

annes 40 et 50 par Jean-Louis Barault.

Andr Gide (1869-1951) sinspira quant lui de mythes bibliques ou

antiques, dans Saul (1903), Philoctte (1899), Bthsabe (1903), OEdipe

(1930-32). Enfin, Romain Rolland, encourag par Gmier, tenta de donner au

thtre une grande fresque sur la Rvolution qui resta inacheve. Des trois

oevres qui furent representes, Les Loups (1898), Danton (1900), Le Quatoze

Juillet (1902), seule Danton prsente un vritable intrt dramatique.

Cocteau

Jean Cocteau (1889-1963) tint une place un peu part dans les

lettres franaises, avec son image de prince frivole. Feru du culture

grecque, il rinterprta tout dabord les mythes antiques dans Antigone

(1922), Orphe (1926). La Machine infernale (1934), partie du mythe

dOedipe, constituait une fresque la fois sombre et potique des

destines de lhomme. En 1938 Les Parents terribles transposait au

Boulevard la mythologie intime du pote. Anfin, LAigle deux ttes (avec

Edwige Feuillre, Jean Marais) fut une curieuse rsurgence en 1946 du drame

romantique, inspir librement par la mort mystrieuse de Louis II de

Bavire.

Influence du Surralisme

Arman Salacrou, Roger Vitrac, Antonin Artaud adhrrent un temps au

Surralisme. Dautres auteurs sy intressrent,en gardant quelquefois

leurs distances.

Roger Vitrac (1899-1952) eut une oeuvre trs personnelle, tendre et

grinante, bien illustre par le ravageur Victor ou Les Enfants au pouvoir

(1928). Victor fut mont par Antonin Artaud (1896-1948), qui avait fond

avec Robert Aron lphmre Thtre Alfred-Jarry vou la drision et

lhumour corrosif.

Armand Salacrou (1899-1990) tait un fils de la bourgeoisie

industrielle, mais il fut journaliste LHumanit avant de rejoindre le

Groupe Surraliste. Ses tentatives de marier sur la scne lironei, la

fantaisie et la reflexion aboutirent avec Une Femme libre (1934) et surtout

LInconnue dArras (1935). Suivitent La Terre est ronde (1938), Histoire de

rire (1939), et en 1947 LArchipel Lenoir, satire froce dune grande

famille bourgeoise dans lavant-guerre.

LOccupation

Pendent lOccupation, la vie parisienne des thtres fut plus

florissante que jamais. De nombreux spectacles que sadressaient aussi aux

soldats allemands en permission relevait du grossier divertissement, mais

le thtre survivait censure. Une partie des professoinnels du thtre

avait cess de sexprimer, certains avaient quitt la France. Mais dautres

taient rests, et la priode se rvlait propice un thtre de qualit.

Un cetain public, en effet, tait prt recevoir des pices un peu plus

difficiles, qui soient distrayantes sans verser dans la gaudriole. Cela

dmoda trs vite de vaudeville et la comdie lgre, mais permit le succs

des Mouches de Sartre en 1943, mis en scne par Dullin, tandis que son

ancien collaborateur Andr Barsacq faisait triompher Le Bal des voleurs, Le

Rendez-Vous de Senlis, Antigone dAnouilh. On crait galement La Reine

morte (1942), et Fils de personne (1943) de Montherlant. En 1943, Jean-

Louis Barrault ralisa Le Soulier de satin de Claudel la Comdie-

Franaise, et Marcel Herrand, lanne suivante, cra Le Malentendu de Camus

et Hius clos de Sartre.

Sartre et Camus

Dans lune des priodes les plus troubles de lhumanit, les deux

philosophes de lExistentialisme posrent de grandes questions, auxquelles

ils apportrent des tentatives de rponses.

Jean-Paul Sartre (1905-1980), qui devenait le matre penser de toute

une gnration, utilisa le thtre comme un mode dillustration directe de

ses thses. Les Mouches (1943), en montrant la ville dArgos ployant sous

la domination dEgisthe et sous le poids de la culpabilit, prenait une

vidence caleur symbolique pour les spectateurs franais. Huis clos (1944)

avait un fondement plus psychologique. Morts sans spuluture (1946) avait

comme sujer la torture, et La Putain respectueuse (1946) abordait le thme

du racisme. En 1948, Les Mains sales retransposait le thme des Mouches.

Plus complexes, ses deux dernires grandes pices, Le Diable et le Bon Dieu

(1951) et Les Squestrs dAltona (1959) furent dambitieuses variations

sur lacte et lthique.

De tendance plutt naturaliste, le thtre de Sartre de voulait

limpide, dmonstratif et efficace; mais un certain symbolisme de ses thmes

lui conserve une actualit universelle.

Le philosophe Albert Camus (1913-1960) tait n en Algrie,

o,journaliste, enseignant, il avait galement dirig une petite compagnie

thtrale. Le Malentendu, cr en 1943 par Maria Casars, traitait de

manire un peu schmatique de labsurde condition de la vie. Plus

flambouant, Caligula, en 1945, illustrait le terrible syllogisme: On meurt

parce quon est coupable. On est coupable parce quon est sujet de

Caligula. Donc tout le monde est coupable. Cest une question de temps et

de patience... LEtat de sige (1948) et Les Justes (1949) eurent moins de

porte.

Camus aimait le thtre, mais il ne parvint pas, sauf dans Caligula,

y insuffler le sens de labsurde et de ma rvolt quil avait si bien fait

ressentir dans ses romans. Il venait dadapter pour le thtre Les

Possds de Dostoievski, quand il disparut prmaturment dans un accident

de voiture.

IX. Le thtre de laprs-guerre

Nouveaux metteurs en scne

En France, le meilleur animateur laramatique de lpoque, Jean Vilar

(1912-1971) fut nanmoins un admirable continuateur du travail de Copeau et

de Dullin. On lui confia en 1951 la direction du Thtre National

Populaire, TNP, avec deux salles Chaillot. Vilar y attira un public

nombreux et fidle. Il dclara: Je ne souhaitais quune chose, cest que

Sartre me sonnune pice trs engage. Je laurais monte.

Le TNP dpendait en grande partie de subventions, et la manir dont il

tait gr ainsa que la discussion des budgets constituaient une source

incessante de dbats avec des ministres la politique souvent

incohrente.

En 1963 Vilar demanda ne pas tre reconduit la tte du TNP. Il

avait par ailleurs cr en 1947 une semaine thtrale dans la petite

ville dAvignon. En 1968 le Festival dAvignon se droulait sur la dure

de quatre ssemaines, et attirait un publec de plus en plus nombreux, jeune,

et avide de nouveauts.

Vilar porta sur se paules une grande partie du thtre de laprs-

guerre. Mais sa mort, le mouvement issu du TNP retomba dune manire

infuitante. La dcentralisation, commence en 1946, relance par Malraux

avec les Maisons de la Culture, aboutissait elle aussi, un demi chec.

Quelques animateurs continurent cependant un brandit le drapeau.

Dautres cherchrent curtout se constituer un publec choisi. Dautres

poursuivirent une exploration purement artistique de ma mise en scne,

nourrie et enrichie par toute lcolution psychologique du XXe sicle.

Evolution dun thtre de divertissement

Pendant quelques annes, le thtre des noceurs et cocttes, des

adultres et caleonnades survcut sur quelques scnes parisiennes, avant

dtre adapt dans le got du jour pau de nouveaux auteurs.

Des bons auteurs cependant lui redonnrent de la fracheur, et Andr

Roussin (1911-1987), avec La Petite Hutte (1947) ou Lorsque lenfant parat

(1951), apporta au gente un heureux renouvellement tout en restant dans la

tradition dun esprit Labiche. Plus exotique, et riche dune belle faconde

mridionale, Jeacques Audiberti (1899-1966) surprit avec Le Mal court en

1947, mais imposa son aimable thtre de divertissement avec en 1956 un

vritable vaudeville moderne, LEffet Glapion.

Dans un style plus satirique, Marcel Aym (1902-1967) donna quelques

pices drangeantes comme Lucienne et le Boucher (1950) et Clrambars

(1950).

Enfin, les thmes au got du jour de Ren de Obaldia (1918- ) lui

assurrent un succs boulevardier des Gnousie (1960). Outre Franois Dorin

(Un Sale Egoiste, 1970, Les Bonchommes, 1970), le dernier grans

reprsentaion dun genre qui ne cesse de renatre de ses cendres.

X. Le thtre de tout les possibles

Survie de thtre

Depuis quelques annes, le thtre se survit lui-mme, sans grands

vnement, mais tout en conservant la majorit de ses stuctures. Si la

frquentation reste dune manire gnrale assez basse, les comdiens,

jeunes et confirms, continuent de se battre avec acharnement pour que

survive leur profession.

Le thtre ne perdure quau prix de labngation dune grande partie

de ses artistes. La situation est dailleurs approximativement la mme dans

tous les pays de lOccident, et linterventionnisme plus ou moins grand des

rars ny change pas grand-chose.

Les thtres en France aujourdhui

Traditionnellement le thtre en France est prsent en deux parties:

dun ct le thtre public, de lautre le thtre priv.

Les thtres nationaux.

Les plus connus et les plus prestigieux thtres de France sont au

nombre de cinq.

Le plus ancien, la Comdie-Franaise remplit une double mission:

conservation du rpertoire classique et conscration du reprtoire moderne.

Le dveloppemant des tournes en province et ltranger est galement

prvu pour faire connatre le patrmoine thtral de la nation.

Le Thtre National de lOdon, institution bi-centenaire, tout en

ayant pour mission essentielle de la reprsentation en alternance

loeuvres classiques pu modernes dauteurs franais ou trangers, orientait

galement son activit vers la cration.

Le Thtre National de Chaillot souhaite retrouver sa vocation

initiale de grand thtre national populaire de cration.

Cr en 1972, le Thtre de lest Parisien poursuivit un travail de

recherche de publics nouveaux, en particulier par la mise en place dune

cellule danimation pour le quartier.

LeThtre National de Strasbourg (lui aussi cr en 1972 partir du

centre dramatique du mme nom) est un instrument ouiginal de cration et de

recherche.

Ces cinq thtres nationaux constituent donc un ensemble qui, sous la

mme appellation, recouvre des activits et des missions diffrentes mais

complmentaires.

Les centres dramatiques nationaux

Les centres dramatiques nationaux sont issus de ce quon a appel la

dcentralisation dramatique et proviennent initialement de troupes de

province dont les directeurs, choisis titre personnel pour leur valeur

artistique, ont pass des accords tacitesou verbaux avec ladministration

des Affaires culturelles.

Certains centres se sont vu attribuer une comptence nationale et mme

international; ils apparaissent presque comme des thtres nationaux de

rgion du fait de lamplication de leur travail commenc depuis plusieurs

annes: Thtre National populaire de Villeurbanne, Thtre National de

Marseille, de Lille, les Trteaux de France.

Les compagnies dramatique indpendantes

Avant mai 68, il existait en France environ une trentaine de

compagnies indpendantes plus ou moins subventionnes par les pouvoirs

publics. Plus de mille sont aujourdhui recenses dont 450 sont aides par

le ministre de la Culture.

Deux systmes daide coexistent. La plupart dentre elles sont

soumises lvaluation annuelle dune commission: elles sont dites en

commission. Dautres, en gnral les plus anciennes traitent directement

avec la direction du Thtre et des Spectacles: elles sont appeles hors

comission.

Illustr par la russite de grandes troupes permanentes comme le

Thtre du Soleil dAriane Mnouchkine, ce monde thtral nouveau comprend

galement de petites quipes la recherche dun public local ou dun

langage original.

Le thtre priv

Dans les annes 60, le thtre priv est compos, en province, des

thtres municipaux et, Paris, dune cinquantaine de thtres privs. Les

deux tiers des thtres parisiens ont un rpertoire ax sur le

boulevard, les autres se consacrent la prsentation dun thtre plrs

ambitieux ( le Vieux-Colombier par example).

Dune faon gnrale, lpoque, la vie des thtres privs est

difficile.

Il convient de distinguer parmi les thtres privs ceux dont le but

est de faire du commmerce et ceux qui sattachent promouvoir des oeuvres

de qualit (dans la tradition du Cartel), et qui dsirent seulement que

leur gestion ne soit pas dficitaire.

En tout cas la situation du thtre priv parisien apparat maintenant

comme bien meilleure. Une partie de ces rsultats doit sans nul soute tre

porter au crdit de lAssociation pour le soutien au thtre priv, qui

aide financirement certaines productions dramatiques.

Le thtre amateur

Les troupes de thtre amateur en France ont une activit importante

et varie. Elles dveloppent une pratique thtrale de loisir: celui qui

lexerce na pas lambition den vivre. Cetteactivit est donc du ressort

du ministre du Temps libre. Elle sexerce aussi au sein de stages

organiss par des conseillers techniques et pdagogiques, de groupes de

lycens ou dtudiants, dentreprises, du troisime ge, de maisons des

jeunes, etc.

Les Franais

Il y a un peu plus dun sicle, Goethe crivait:

La litterature national na plus grand sens aujourdhui: le temps de

la littrature mondial est venu et chacun doit aujourdhui travailler

hter ce temps. Si je ne me prompe, ce sont les Franais qui tireront le

plus guand avantage de cet immense mouvement.

Dune certaine manire, il ne se trompait pas; les Franais dominrent

en partie les destines du thtre pendant une grande partie du sicle

pass, et pontrrent en tout cas lexample de leur invention, de leur

talent et de leur rigeure dans tous les genres thtraux.

La France, pourtant, nest pas dans une meilleure situation

aujourdhui que la plupart des nations voisines, et cette situation quasi-

gnral de dclin montre bien que sil y a une responabilit trouver,

elle ne peut se rsumer un rapport thtre-Etat.

Le public

Les vraies nouveauts au thtre, ouevres qui clairent leur temps,

les oeuvres fortes, mme difficiles, attirent immanquablement le public. On

stonnera toujours que des portefaix et des valets aient pu se presser aux

grandes oeuvres de Shakespeare, alors quils boudaient dans le mme temps

des pices que ne leur plaisaient pas.

Le public nest pas devenu ingrat, mais il a t rendu mfiant. Trop

de spectacles prtentieux ou ennuyeux lon passablement dcourage, et lui

feront rater un autre jour un spectacle de qualit. En se refusant une

certaine rigueur, le milieu thtral fait en partie payer ses peilleurs

lment les faiblesses de ses plus mdiocres.

Conclusion:

Le secret du thtre

La conclusion de ce long parcours historique de lart thtral aboutit

donc sur le constat dune certaine priode de repli, une priode qui sera

peut-tre un jour analyse comme une tape ncessaire. Elle nest pas sans

prcdent et, dans le pass, de nouveaux auteurs sont toujours parvenus

faire renatre de ses cendres une dramaturgie quelquefois dfaillante. Peut-

tre faut-il susciter et soutenir ce nouvel lan, et lsprer aussi beau,

ausse riche, aussi surprenant quont pu ltre en leur temps les grands

moments de lart dramatique. Lhistoire et lart sont imprvisible, mais le

thtre continuera trs certainement dappartenir lun et lautre.

Il reste aux auteurs, aux acteurs, aux metteurs en scne de demain,

mdeter le grand secret du thtre, celui quavaient dcouvert leurs

illustres prdcesseurs. Molire disait, dans La Critique de lEcole des

femmes:

Je voudrais bien savoir si la grande fgle de toutes les rgles nest

pas de plaire.

Racine renchrissait, dans la prface de Brnice:

La principale rgle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne

sont faites que pour parvenir cette premire.

Et Boileau le versifia dans son Art potique:

Le secret est dabord de plaire et de toucher.

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